Thomas Nazaret Photographie

Animaux sauvages et de compagnie

J’ai toujours dessiné, toujours gribouillé. J’ai toujours aimé gratter le papier du bout de ma plume, de mon stylo, à coup d’encre ou de mine bien taillée, tachant le blanc pur du papier d’un bleu, d’un noir ou d’un rouge. Un coup des enluminures sur mon cahier, une tête de chat, un dragon, des plantes et des fleurs… Et tant d’animaux, tous fabuleux à mes yeux. C’était mon passe-temps, ma libération.

Mais plus que le dessin, la nature a toujours été ma force et mon âme. Je m’y sens liée, très profondément. Cette sensation d’en avoir toujours fait partie et d’être à ma place en plein milieu d’une forêt, au bord d’une rivière, sur la plage et face à la mer et aux embruns, je l’ai toujours eue.

Il y a quelques années, j’avais arrêté le dessin. J’écrivais plus que je ne dessinais. Jusqu’à ce jour où j’ai compris que ma curiosité m’aidait à mixer cette écriture et ce talent de retranscription de ce que mes yeux voyaient. C’est une dame, une artiste, qui m’a remis un pinceau entre les mains, et qui m’a dit « Dessine. ». Mais avant…

Mais avant elle m’a fait voyager, marchant sur l’eau et les rayons de lumière se reflétant dans le marais plein de vie. J’y étais venu pour apprendre l’aquarelle, y voyant un passe-temps supplémentaire, un art à essayer. Je n’avais pas la conviction d’en faire plus qu’un loisir. En réalité, je ne me sentais même plus capable de chatouiller un seul petit bout de papier avec une mine. Non pas désillusionnée, c’est que j’avais vu plus douée que moi dans ma vie, et que je ne me pensais pas réellement capable de faire aussi bien, alors j’avais mis de côté le dessin.

Pour autant, alors que cette dame dictait tranquillement ses conseils au bord de l’eau, nous confiant à tous crayon à papier et gomme, feuille et carton pour la maintenir, je sentais ma main retrouver de sa souplesse. Écrire, que cela soit grâce à un clavier ou sur un carnet, ne demande pas autant de dextérité que le dessin, alors mes doigts étaient-ils ankylosés. La main fait des gestes mécaniques, répétitifs, alors que le croquis, la feuille bouge et le crayon avec. Comme une danse entre ombre, marquée par la mine de carbone, et lumière, définie par la feuille blanche de plus en plus souillée par la poussière et les traces de doigts et du poignet. Ce qui m’a surprise le plus, c’était ma facilité à presque imprimer sur le papier la silhouette de l’oiseau, un foulque macroule pour être précise. Ses courbes, sa taille, son bec, ses plumes, son ombre, tout, petit à petit, retrouvait sa place sur le corps, d’abord indistinct, de la petite créature qui apparaissait sur le papier. Et tout cela alors même que l’animal était en mouvement, juste devant mes yeux, bien vivant.

Après ces premiers essais, ce temps d’observation et de test, l’artiste nous faisait avancer sur les marais, traçant le même chemin que d’autres ont tracé. Elle nous proposa de nous mettre en affût, à l’ombre. D’autres oiseaux ont suivi le foulque sur le papier, comme l’avocette ou le chevalier, dansant à chaque coup de crayon, à chaque trait, à chaque ligne. Un vrai petit bal aux oiseaux sur le papier, aussi réel que celui dans le marais. L’artiste passa tranquillement voir nos balbutiements en dessins, donnant ses conseils, nous faisant remarquer nos erreurs et les bons côtés. Quand ce fut mon tour, telle une petite voix discrète, chuchotante, elle m’avisa « Fais plus de volume, bien… comme ça… tu es une bonne observatrice, bravo. Entraîne-toi. » Une bonne observatrice… C’était peut-être ce qui réveillait mon talent, enfoui depuis longtemps. Regarder la nature et la poser sur papier, tenter de refléter sa beauté. Je savais que je ne ferai jamais aussi parfait que la nature elle-même, mais j’étais fière de pouvoir essayer.

La dame nous fit tracer encore un autre chemin, vers un autre affût : juste devant un marais, un miroir d’eau naturel, reflétant le bleu du ciel. Un endroit magnifique. Et sur ce bleu, ce fut un vanneau huppée que je choisi comme modèle. J’avoue que je passai plus de temps à l’observer qu’à le dessiner tellement je trouvais ses reflets colorés magnifiques. De plus, il n’était pas facile non plus de capter ses courbes, car la petite boule de plumes ne faisait que de bouger sur son îlot de roseaux. Je finis par me saisir quand même de mon pinceau, de mon aquarelle et à m’y essayer. Jouer entre l’eau et les couleurs. Trop d’eau. Trop de pigments. Pas assez. Ce ne fut pas forcément le modèle le plus facile, mais je finis par rendre un résultat. Je n’en fus pas convaincue : en réalité, j’étais même déçue. Cependant, ce ne fut pas cela ma récompense ce jour-là.

Plus tard, avant la fin de la journée, l’artiste me confia que j’avais du talent, que cela se voyait, qu’il ne me manquait que de l’entraînement. Elle avoua que je pourrais faire mieux si j’essayais, si je testais, si je faisais des erreurs, si j’allais plus loin que l’échec du jour. Il suffisait pour cela que je dessine. Cela me réchauffa le cœur. Ragaillardie par ses conseils, je partis avec mon échec, fière tout de même de mes autres croquis. Il suffisait désormais que je m’essaye de nouveau à l’aquarelle et que je trouve mon style, ma manière de travailler, la bonne quantité d’eau et la bonne quantité de pigments. Je la remerciai et traçai ensuite mon propre chemin.

Plus tard, ce fut le soutien de bien d’autres personnes que je reçus, mes proches, mes amis, mais pas seulement. Essayer, encore et encore, je dessinais. Je finis par trouver mon style. Il faut désormais que je me perfectionne. J’arrive désormais à être fière de certaines de mes créations. Je ne rends pas la beauté de la nature à son exactitude, mais j’essaie de faire transparaître une partie de la vie que l’on peut voir dans les yeux des modèles à plumes, à poils ou à écailles. Je me dis que si mes dessins peuvent émerveiller une personne n’ayant jamais vu tel ou tel animal, alors… cette personne sera bien plus qu’émerveillée lorsqu’elle le verra en vrai. Et c’est ça que je souhaite transmettre : l’émerveillement ! Et ainsi, l’envie de protéger ces sources d’émerveillement.

Texte et illustrations d’Ophélie GUERRA

Suivre Ophélie sur Instagram

Je suis tombé par hasard sur un dessin d’Ophélie sur Instagram. J’ai tout de suite accroché au concept de ses illustrations accompagnées de descriptions et d’informations.

En explorant son compte Instagram  j’ai eu une drôle d’impression. Comme si j’étais en train de fouiller dans ses cahiers de cours. Je m’imaginais une jeune demoiselle  en train de gribouiller sur son cahier pour s’évader dans la nature pendant un cours ennuyeux.

Naturellement j’ai pris contact avec Ophélie, puis au fil des discussions la voilà avec une jolie présentation  de son travail sur mon site.

Je sais que cette rubrique s’appelle “un photographe un écrivain”, mais je pense qu’au final je n’avais rien à ajouter à ce texte de présentation et ses illustrations. Mes photos auraient été de trop. Dans tous les cas cela reste un immense plaisir de vous partager ce travail, “la nature d’Ophélie”.

Je vous invite donc à regarder les illustrations en grand si ce n’est déjà fait. Elles sont pleines d’informations bien utiles.

Un grand merci Ophélie de nous partager ton univers.

 

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