Thomas Nazaret Photographie

Animaux sauvages et de compagnie

C’était un lundi de Pâques. Nous étions venus séjourner au Châtillon pour les vacances.

Passionné d’observation des animaux, j’avais pris l’habitude de me lever très tôt le matin, parfois bien avant le lever du jour, au grand dam de mes parents qui trouvaient cette activité étrange. Un adolescent qui veut se lever tôt est forcément bizarre. J’avais même obtenu l’autorisation de dormir dans le canapé-lit de la salle à manger pour ne pas réveiller tout le monde en faisant craquer les marches de l’escalier en bois. Je m’étais habitué à surmonter ma peur du noir, marchant seul dans la forêt, sans bruit, guettant le moindre craquement autour de moi, m’éloignant de la maison endormie, avec l’espoir de surprendre un animal sauvage. Les sens en alerte, j’avançais lentement, posant doucement le pied à chaque pas, pour ne pas faire craquer une branche ou faire rouler un caillou. Je rentrais au lever du jour, souvent bredouille de toute rencontre, cartographiant sur un plan les traces et autres crottes de ces animaux qui me narguaient de leur invisibilité. Parfois, au matin, le chant d’une tronçonneuse au loin me faisait dévier de mon chemin. J’allais à la rencontre des bûcherons. Lorsque j’arrivais dans la coupe, j’assistais à l’abattage des grands sapins, admiratif du savoir-faire de ces types qui affûtaient leur machine à la lime ronde, coincée entre leurs cuisses. La machine tournait autour du tronc en projetant un nuage de copeaux. Le bûcheron d’un rapide coup d’œil vers le haut, estimait l’angle de la chute, découpant une charnière. Une cale était enfoncée à l’opposé du tronc. Après quelques coups de masse, le haut du sapin commençait à se déplacer imperceptiblement puis, de toute sa masse de plusieurs tonnes, les branches sifflant dans l’élan de la chute, s’abattait dans un bruit sourd. « Alors gamin, qu’est-ce que tu fais de si bon matin dans la forêt ?». Je devenais leur invité pour le casse-croûte devant leur immense feu de branches, partageant une part de Vache Qui Rit et un morceau de pain, assis sur une grume, dans la délicieuse odeur de résine des copeaux. Au retour, je me faisais parfois surprendre : alors que je marchais d’un pas décidé, abandonnant ma quête, c’est là que je croisais brusquement un renard, un rapace, ou un lièvre.
Il faut parfois renoncer pour aboutir. Ce matin-là donc, je me réveillai en sursaut. Il faisait déjà jour, il était au moins 7 heures, j’avais raté ma sortie nocturne. Furieux, je m’habillai quand même et me dirigeai vers la lourde porte du Châtillon. A ce moment, pris d’une étrange intuition, j’ouvris tout doucement après avoir fait lentement pivoter la clenche. Devant moi, à quelques mètres, au beau milieu de la cour du Châtillon, un magnifique chevreuil toutes oreilles dressées, me fixait de ses yeux noirs, en alerte. Il paraît que ces animaux ont du mal à discerner ce qui est immobile : je cessai immédiatement de respirer, la main sur la porte, statufié par cette vision, pendant ce qui me sembla être une éternité. Je n’en avais jamais vu d’aussi près, n’osant cligner des yeux pour ne pas rompre le charme. C’était un mâle avec des bois superbes, bien campé sur ses pattes. Puis, très lentement, le chevreuil fit mine de se remettre à brouter l’herbe de la cour en penchant sa tête, mais se redressa aussitôt, me fixant à nouveau pour un autre long moment d’éternité. Il recommença plusieurs fois. Moi, en apnée, osant à peine poser un pied endolori par ma position de statue, reprenant un peu d’air, je le regardai. Le chevreuil se remit à brouter, ça et là, par petites touches, dans l’herbe fraîche de la cour. Je n’existais plus. Je le regardai évoluer, insolent maître des lieux, jouissant de l’herbe printanière de son territoire. Enfin, au bout d’un long moment dont je ne perdais pas une miette, il s’éloigna un peu en direction du chemin, faisant parfois pivoter ses oreilles dans ma direction, mais sans plus jamais me regarder et, prenant appui sur ses pattes avant sur une ancienne flaque qui avait laissé un peu de boue, il fit un bond majestueux pour disparaître en quelques secondes sous les sapins. Il y avait un reste de plâtre : je fis un moulage de ses pattes qui est encore sur un petit cadre accroché au Châtillon. « Chevreuil, 1972 ». Aujourd’hui encore, lorsque j’ouvre la porte de la maison le matin, je fais tout doucement : on ne sait jamais !

Raymond Gabriel

Ce texte de Raymon Gabriel figure dans un livre avec une de mes premières photos à une très bonne proximité avec un brocard que j’ai envoyé à Raymond suite à une demande d’illustration qu’il avait lancé sur Facebook. Le livre est visible dans la maison de vacances “le Châtillon” à Belval dans les Vosges au milieu de la forêt de Tiragoutte.

En avril 2017 je me suis rendu au “Châtillon” ou j’ai pu rencontrer Raymond Gabriel et découvrir ma photo dans le livre.

Une immense fierté après quelques mois de photographie animalière.

 

je suis en tenue camouflage de passage au Châtillon, une petite maison au milieu d'une foret dans les Vosges. je découvre le livre ou se trouve l'une de mes photos.
Je recommande vivement aux personnes désirant faire de la photo animalière, ou bien ayant besoin de calme et de se retrouver dans la nature, de louer cette petite maison.
N’hésitez pas à vous rendre sur le site internet afin d’en savoir plus.
Défiler vers le haut