Thomas Nazaret Photographie

Animaux sauvages et de compagnie

On s’est croisé…c’était hier soir en rentrant.
Juste une flamme rousse dans un champ au loin sur le chemin du retour.
Il en faut pas plus au débutant pour se mettre des images plein la caboche, espérer la rencontre, programmer un rendez-vous imprévisible.
Le lendemain, je prends place et goûte aux premières sensations de l’affût.
Allongé dans l’herbe à attendre ce qui ne viendra peut-être jamais.
Tenir. Tordre le cou au temps. Fatiguer l’ennui pour provoquer la chance.
Il en faut. L’ignorance du débutant est une force.
Elle transcende, désinhibe, pousse à oser.
Puisque tout est encore à faire, alors tout est possible.
Les bêtes ont cette faculté d’apparaître.
On tourne le cou pour détendre un muscle endolori et quand on remet l’oeil dans le cadre, c’est comme si elles avaient toujours été face à nous.
Il est là. Pleine ligne de mire. Il à planté ses yeux de rouquin dans les miens.
Et il faudrait qu’à ce moment précis je prête attention à cette série de chiffres dans le viseur? Comment garder en mémoire la théorie roborative des réglages et les indigestes pages de mode d’emploi du boîtier au moment où le sauvage te jette un sort?
Il me jauge. Je sais à cet instant qu’il s’est passé un truc.
On m’a administré une substance dont je pourrai plus me passer. Un truc costaud.
Mon palpitant se déchaîne. Je déclenche à la volée et advienne que pourra.
Je partage un bout de sa routine.
Ce trot caractéristique. Cette façon de s’asseoir sur sa queue.
De regarder la terre comme si elle renfermait le plus précieux des trésors.
Sauter sur son ombre et atterrir sur sa truffe. Je suis seul au premier rang d’un spectacle gratuit duquel mes semblables ont détourné les yeux.
Le jour s’efface. Mon corps entier semble s’enfoncer dans le sol. Je me suis annulé.
Tant et si bien qu’un brocard manque de me piétiner. Le sauvage m’accueille ce soir.
Mais il est temps de prendre congé de mon hôte. Se retirer plutôt que s’imposer.
Mon boîtier semble peser une tonne. Le poids d’une rencontre.
Mais plus que des fichiers sur une carte mémoire ou des données savantes sous une image, c’est sur ma rétine et au fond de ma carcasse que restera cette trace.
Une cicatrice qui n’aura alors de cesse de me démanger. C’est que le début de l’histoire. Il y aura des entractes, mais pourvu qu’il n’y ait jamais de fin.
Texte de Bastien MASSON
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Bastien MASSON vend sa plume aux photographes intéressés pour des récits personnalisés. Mais aussi pour des textes d’accompagnement pour livre photo, légendes pour photos, textes de présentation d’exposition photos…

J’ai connu Bastien il y a peu de temps sur Instagram. J’ai tout de suite remarqué de beaux textes sous ses images.
Alors je lui ai proposé de m’écrire un texte après lui avoir parlé de ma premiere rencontre avec un renard. Je lui ai également envoyé une photo prise lors de ce souvenir. Il a tout de suite accepté et m’a écrit un sublime texte.

Immense merci à Bastien pour ce texte qui reflète merveilleusement bien ma première rencontre avec un renard, ce moment gravé à tout jamais dans ma mémoire.

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